Le château du baron des Adrets

Au-delà de Valence, sur la rive gauche, vous apercevez une roche élevée, unie, perpendiculaire. Au sommet, on distingue encore quelques restes de muraille, une tour en ruines et des remparts, C’était le château du baron des Adrets, le farouche protestant. C’est de là-haut, dit-on, qu’il faisait précipiter en bas les soldats catholiques tombés entre ses mains. On connaît cette histoire de l’un d’eux, qu’un bon mot sauva du supplice auquel il était condamné. 

Le baron des Adrets avait rassemblé un assez grand nombre de prisonniers, et, par représailles de cruautés envers le parti catholique, s’amusait un jour à les faire sauter du haut des remparts. L’un de ces prisonniers, moins décidé à mourir que les autres, avait déjà pris cinq ou six fois son élan sans pouvoir tenter ce saut dont on ne revenait pas. Il courait jusqu’au bord du rempart, puis s’arrêtait devant l’abîme, et revenait en arrière mettre à une nouvelle épreuve son courage.
À la fin, le rude baron, impatienté, lui cria :
– Je te le donne en trois.
– Monseigneur, répondit froidement le soldat, je vous le donne en dix.
Et le baron, frappé de cette présence d’esprit, lui accorda sa grâce.

Xavier MARMIER (1841)

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