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Le château du baron des Adrets

Au-delà de Valence, sur la rive gauche, vous apercevez une roche élevée, unie, perpendiculaire. Au sommet, on distingue encore quelques restes de muraille, une tour en ruines et des remparts, C’était le château du baron des Adrets, le farouche protestant. C’est de là-haut, dit-on, qu’il faisait précipiter en bas les soldats catholiques tombés entre ses mains. On connaît cette histoire de l’un d’eux, qu’un bon mot sauva du supplice auquel il était condamné. 

Le baron des Adrets avait rassemblé un assez grand nombre de prisonniers, et, par représailles de cruautés envers le parti catholique, s’amusait un jour à les faire sauter du haut des remparts. L’un de ces prisonniers, moins décidé à mourir que les autres, avait déjà pris cinq ou six fois son élan sans pouvoir tenter ce saut dont on ne revenait pas. Il courait jusqu’au bord du rempart, puis s’arrêtait devant l’abîme, et revenait en arrière mettre à une nouvelle épreuve son courage.
À la fin, le rude baron, impatienté, lui cria :
– Je te le donne en trois.
– Monseigneur, répondit froidement le soldat, je vous le donne en dix.
Et le baron, frappé de cette présence d’esprit, lui accorda sa grâce.

Xavier MARMIER (1841)

Dans la Nouvethèque, retrouvez les "Légendiers de France"

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La table du Roi

Drôme
Saint Louis, en 1248, allant faire sa croisade d’Égypte descendit par le Rhône. Il eut maille à partir avec Roger de Clérieu, seigneur de La Roche de Glun. La légende populaire veut que ce roi, un moment arrêté par le mauvais vouloir de Roger, ait pris un repas, au milieu du fleuve, sur une pierre ayant bien, vue de la rive, la forme d’une table ovale, qui émerge sensiblement, en étiage moyen, à 1500 m en amont de Tain, en face de la montagne de Pierre Aiguille. Ce récif est encore aujourd’hui appelé la Table du roi.

M. Charles Bellet, auteur d’une remarquable et intéressante histoire de la ville de Tain, pense qu’on ne doit faire remonter qu’à Louis XIII l’origine de cette légende. Il est bien difficile, en l’absence de tout document précis, de fixer ce point d’histoire. Cependant la première origine paraît la plus vraisemblable : au XIIe siècle, la route, surtout en cet endroit où le Rhône baignait le pied rocheux du mont Pierre Aiguille, devait être en mauvais état, si toutefois elle existait déjà. La voie fluviale était la plus employée, sinon la seule usitée, et les voyageurs, quand le cours d’eau n’était pas trop gros et le courant trop fort, devaient pouvoir s’arrêter après les nombreux rochers qui émergeaient en ces parages. C’est ce que fit sans doute la petite troupe de saint Louis, et ce monarque ayant choisi – à tout seigneur tout honneur – la roche la plus confortable et la plus commode, dut pouvoir quitter sa barque et mettre pied sur la « table du roi ». Peut-être même y prit-il un repas, comme le veut la légende : il suffit de voir la disposition et la configuration

F. GRAND (1911)

Le Pontias

Le Pontias a dès longtemps attiré l'attention. Une légende encore en cours lui attribue une origine miraculeuse que Gervais de Tilbury, maréchal de l'Empire au royaume d'Arles, vers 1210, rapporte ainsi :
« Dans le royaume d'Arles, en l'évêché de Vaison, il y a un certain lieu très peuplé appelé Nyons. Il est situé dans une vallée entourée de montagnes ; comme il n'y était entré le moindre vent jusqu'au temps de Charlemagne, elle avait toujours été stérile et privée de toutes les commodités que recherchent les hommes. Saint Césaire, archevêque d'Arles, très saint personnage et célèbre par ses miracles, ayant reconnu cette infécondité, fut jusqu'à la mer qui est au-dessous de la ville et ayant rempli un gant de vent marin il le resserra.
« Étant après allé dans cette vallée qui était infertile, il jeta au nom du Christ son gant plein de vent contre un rocher, avec injonction de venter perpétuellement.
« Soudain une ouverture s'étant faite dans le rocher, par cette fente n'a cessé de souffler un vent appelé Pontias en souvenir de ce qu'il avait été rapporté de la mer par une vertu divine.

Sans ajouter foi à cette merveilleuse légende, certaines personnes croient encore que le Pontias sort d'une caverne ou plutôt de quelques crevasses qui se trouvent dans une montagne qui domine Nyons, le Devès.

A. LOUVIER (1912)