Paul SÉBILLOT (1904)
Les légendes et traditions des régions de France, puisées dans les livres d'époque.
Paul SÉBILLOT (1904)
Ramenées aussitôt au château, leur père ne
voulut pas les voir. Dans son courroux, il les eut tuées peut-être ?
Non, il méditait un projet plus atroce. Elles crièrent aux
chevaliers qu’elles étaient innocentes, qu’elles allaient, pieds
nus, faire en pauvresses un pèlerinage à Saint-Michel-du-Mont. On
ne les écouta pas et elles furent descendues dans une basse-fosse du
donjon.
Juhel devint très sombre, réunit toute sa maison
et dit :
— Mes filles sont mortes, qu’on ne m’en
parle jamais, ni des moines non plus.
Et sa femme comme ses chevaliers gardèrent le
silence, car il était terrible. Lorsqu’il avait donné un ordre,
aucun de ses familiers n’eût osé le discuter.
Le baron fit bâtir deux tours dans la forêt de
Mayenne, l’Artoire et la Rébette, et y enferma ses filles. Les
portes en furent murées, et chaque jour un de ses sergents leur
passait du pain, des racines et de l’eau, par une étroite
ouverture.
Pour achever sa vengeance, il mit de sa propre
main le feu au moutier abandonné, ricana d’une façon horrible
pendant qu’il brûlait. L’évêque voulut intervenir, il le
repoussa. Le pape le menaça, ce fut inutile, il l’excommunia, dès
lors Juhel devint abhorré de tout le pays du Maine.
Vingt ans se passèrent. Les recluses devenues des
squelettes à cheveux blancs, ne poussaient que de faibles et rares
gémissements, qui ne dépassaient guère les murs de leur prison. Il
n’y avait pas eu un chevalier assez hardi pour braver les ordres de
son maître et sauver les deux infortunées. Leur jeunesse s’était
écoulée dans les tortures d’un long désespoir. Au gré de leurs
désirs, elles mouraient trop lentement.
En devenant vieux, Juhel s’apaisa, pensa à son
âme, à la miséricorde divine dont il aurait besoin. Avait-il été
un justicier selon le droit et la charité ? La voix de sa conscience, longtemps étouffée, lui affirma sa faute et il ne tarda
pas, quand il voulut se renseigner, à reconnaître qu’il était
criminel vis-à-vis de ses filles et vis-à-vis des moines.
Poussées par un sentiment de piété et aussi de
folle aventure, les deux damoiselles avaient en effet entrepris le
voyage du Mont-Saint-Michel, et dans la crainte de rencontrer des
obstacles à leur projet, étaient parties seules à l’insu de
tous. Défaillantes et les pieds ensanglantés, il leur avait fallu
se réfugier pour la nuit chez l’ermite du Hec.
Juhel pleura, il était trop tard ; il
rappela ses filles, il était trop tard. Elles avaient souffert dans
leur cœur et dans leur corps et ne pouvaient vivre longtemps :
à peine parlaient-elles. Leur seul plaisir consistait à se
retrouver sur la haute terrasse de la forteresse ; elles avaient
là sous les yeux la vallée de la Mayenne qui leur rappelait sans
doute quelques heures riantes de leur jeunesse et aussi la place vide
de ce cloître du moutier dont elles aimaient jadis à respirer les
lys et les roses.
Peu de temps après, elles moururent épuisées,
trop faibles pour supporter l’air et la lumière. Pas un reproche
ne sortit de leurs lèvres, et elles eurent encore des sourires de
consolations pour le pécheur repentant, elles étaient de ces bons et
doux êtres que Dieu épure dans les souffrances et dont il fait des
anges.
Personne n’eut pitié de Juhel, qui, sous le
poids de ses crimes, partit pour Rome, afin d’en demander au pape la
rémission. À son retour, il rendit aux moines tous leurs biens dont
il s’était emparé et leur donna de l’argent pour bâtir un
nouveau monastère, près de la forêt de Mayenne, à Fontaine-Gehard
(commune de Châtillon-sur-Colmont).
On a vu pendant longtemps voler le soir, dans le
voisinage de l’Artoire et de la Rehette, deux oiseaux blancs comme
des colombes poursuivis par un vautour. C’étaient les Juhelettes
de Mayenne et leur père qui revenaient sous ces formes représentant
la douceur et la cruauté. Les prières des moines de Fontaine-Gehard
finirent par racheter les forfaits du baron de Mayenne, et dès lors
la vision disparut.
GROSSE-DUPERON (1905)
Il y avait en outre, pour ceux qui l’habitaient, obligation de faire, tous les ans, pour la messe de minuit, un pain béni. Si on manquait à cet usage, il se faisait la nuit même dans la maison un vacarme à effrayer les plus intrépides.
Or, il y a environ trente-cinq ans, le locataire qui l’habitait, étant dans le besoin et chargé de famille, ne put faire le pain bénit. Alors le bruit ne se fit pas attendre ! On entendit remuer du bois dans le grenier, bien qu’il n’y en eut pas ; on y remue aussi du blé, bien qu’il n’y en eût pas ; on entendit remuer les cendres, allumer, souffler le feu, remuer la pelle et les pincettes.
Le locataire allumait la chandelle et trouvait les cendres, la pelle et les pincettes dans l’état où il les avait laissés en se couchant.
Cependant, l’effroi gagnait la maison, excepté toutefois le maître lui-même. Mais sa femme et ses enfants ne dormaient pas.
Enfin, une nuit, on entendit comme un plafond qui se crève et quelque chose de lourd tomber lourdement sur un meuble, en faisant entendre en même temps un fort gémissement. Si bien que lorsqu’on raconta le fait, le lendemain, à la grand-mère de l’auteur qui croyait à la superstition attachée à cette maison, elle donna, pour faire cesser cette erreur, la farine, le beurre et les œufs pour faire le pain bénit.
Et depuis lors, nul bruit ne s’est fait entendre et les locataires demeurèrent en paix.
Prosper VALLERANGE (1861)
René d'Anjou la donna à la cathédrale, le 19 septembre 1450, comme une relique sainte ; ce serait, d'après la tradition populaire que les chanoines ont accréditée tant qu'ils ont pu, une des urnes dans lesquelles Jésus-Christ changea l'eau en vin aux noces de Cana.
Lucien d'HURA (1882)
C'est une de ces farces un peu grossières que l'on aime à jouer dans les veillées vendéennes. Un œuf frais doit être caché quelque part et l'un des veilleux a la tâche de le trouver.
A.J. VERRIER & R. ONILLON (1908)